mercredi 24 juillet 2019

Hakodate

Nous avons concilié aujourd'hui les contraintes d'une bureaucratie méticuleuse et la découverte de la ville portuaire. La Japon ne reconnaissant pas le permis international de conduire, il importe avant de pouvoir louer un véhicule d'en passer par une "traduction" des permis de conduire nationaux. La JAF (Japan Automobile Federation), sorte d'Automobile Club, en est chargée. Mais, les bureaux sont au diable vauvert dans la banlieue de Hakodate et la JAF ne s'est pas mise à l'heure d'Internet, de sorte qu'il est nécessaire de se déplacer physiquement sur place à deux reprises, la première pour réunir les pièces du dossier et payer une taxe, la seconde pour récupérer un document tamponné…

Nous avons ainsi amplement rentabilisé la carte journalière de transports en commun combinée bus-tram. Nous avons commencé, à l'heure où les bureaux sont encore fermés, par une visite des étals appétissants du marché matinal Asaichi qui s'est développé près du port de pêche. Toutes sortes de crabes énormes type Kamtchatka, d'huîtres qui sont trois fois plus grosses que les nôtres, d'encornets, de crustacés étranges attendent dans de grands aquariums que leur heure arrive, tandis que, pour d'autres, le sort en est déjà jeté. Ils cuisent sur des braseros pour certains, d'autres sont proposés sous vide dans une débauche de sacs en plastique. Une des spécialités, outre le crabe et les calamars, est l'oursin. Des fruits – essentiellement des melons et des pêches – sont exposés, empaquetés en général individuellement à des prix pour nous exorbitants. Les innombrables petits restaurants de fruits de mer et de nouilles salées - les fameux shio-ramen - attirent habitués et touristes.



les Domburis (bols de riz surmontés d'un assortiment de poissons crus) sont la spécialité d'Hakodate


mollusque inconnu mais très photogénique...




Le pire sort est celui des calamars, produit phare de la pêche à Hakodate. L'amateur est convié à en pêcher un, lui-même, dans un aquarium. Il confie la victime à un spécialiste qui, d'un geste sec, sépare la tête et les tentacules du reste du corps, dépèce et débite le manteau et les nageoires en fines lamelles, présente le tout dans une assiette pour être consommé tout cru et on assiste alors au spectacle surréaliste et cruel de la tête qui bondit et des tentacules qui s'agitent lors de l'ajout d'une sauce aigrelette…


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le bassin aux calamars volants



le pauvre calamar est découpé vivant...


et sa tête encore déposée sur un domburi...


Après une première visite à la JAF, nous sommes revenus en ville pour grimper au sommet de la Tour de Goryokaku qui a remplacé en 2006 une première tour élevée en 1964 et qui domine la forteresse éponyme du haut de ses 107 mètres. Son observatoire offre une vue circulaire sur toute la cité, le mont Hakodate et le détroit de Tsugaru. Une galerie de maquettes retrace l’histoire de la forteresse dont la construction de 1857 à 1864 s’inscrit dans le prolongement de l’arrivée des navires américains en 1853 et de la signature de la convention nippo-americaine de 1854 qui fit d’Hakodate une ville portuaire internationale. La forteresse devient le pôle du pouvoir local. Mais le 20 octobre 1868, des troupes de l’ancien shogunat se révoltent contre les nouvelles autorités qui viennent d’accéder au pouvoir à Tokyo et prennent Goryakaku aux mains du clan des Matsumae favorable à la restauration du Meiji. La contre-attaque a lieu en 1869. Une des figures emblématiques de la révolte, Tshizo Hijikata, est mortellement blessée. Elle reste aujourd’hui très respectée et la ville commémore actuellement le 150ème anniversaire des événements de 1869. Goryôkaku est la première forteresse de style occidental construite sur le plan d’une étoile à 5 branches en 1864. Il n'en reste aujourd'hui que les murs d'enceinte. Elle a été transformée en parc public planté d'environ 1 600 cerisiers sakura qui attirent au printemps une foule nombreuse.





une pause "warabi mochi au thé vert" (à base d'amidon de rhizome de fougère !)




Après notre seconde visite à la JAF et un déjeuner dans un restaurant de sushis, Hamazushi où les plats commandés électroniquement sont acheminés par un petit tapis roulant comme dans un kaizenzushi, nous avons dû marcher un moment dans une chaleur moite, le trafic de bus s'interrompant pratiquement entre midi et 14h00 en provenance et en direction de ce quartier éloigné du centre, avant de pouvoir héler un taxi salvateur qui nous a déposés à la gare ferroviaire.

ici c'est un robot qui vous assigne votre place




les commandes se font sur un écran tactile


Nous sommes repartis en tram pour nous rendre dans le quartier de Motomachi qui s'est développé sous l'ère Meiji au pied du mont Hakodate. L'architecture est clairement marquée par le passé international de la ville. Les marchands et visiteurs étrangers de la fin de l’époque Edo (1603-1868) avaient choisi cet endroit pour s’établir, en raison de sa proximité avec le port. Nos pas nous ont d'abord portés vers une ancienne banque qui abrite la World-class Northern Peoples Collection. En plus de nombreux documents graphiques réalisés par les japonais lors de leur rencontre avec ces peuples, cette collection présente des vêtements et ornements auxquels les peuples de la région attribuaient une valeur spécifique, en rapport avec le monde de la magie. Ils reflétaient souvent les croyances de l'époque et le rituel qui s'y attachait. De même, les instruments de musique tels que le koukin ou la harpe à bouche ou harpe à trois cordes, répondaient à des préoccupations religieuses, plus qu'ils n'exprimaient des sentiments.





les Aïnus étaient toujours peints comme velus et foncés de peau






défense de morse gravée




Si l'ancienne mairie disparaît actuellement derrière des échafaudages, le promeneur peut tout à loisir voir l'ancienne préfecture, des vieilles demeures bien conservées, notamment la old soma residence, construite en 1908 par un riche négociant, l'ancien consulat britannique et trois édifices religieux, catholique, orthodoxe et évangélique.









Après une pause toujours appréciée à l'hôtel, nous sommes remontés en bus de la gare centrale au sommet du mont Hakodate. La foule s'y presse tous les soirs, nécessitant la mise en place d'un important service d'ordre, depuis que le guide Michelin a donné trois étoiles à la vue qui s'offre de ce point haut sur les lumières de la ville à la nuit tombée. Le paysage d'Hakodate est au demeurant l'un des paysages urbains les plus connus du Japon, étant donné la vue que permet le mont Hakodate du haut de ses 334 mètres sur la ville située sur un bras de terre semblable à un tombolo1. Même si l'horizon brumeux nous a privés du coucher de soleil et si des passages brumeux ont terni par moment le spectacle, nous n'avons pas regretté notre déplacement qui nous a ouvert l'appétit. Nous avons dîné dans un izakaya, appelé Uosen-Suisan. Les izakayas sont de véritables institutions au Japon. Ils tiennent à la fois "du bistrot ou du bar à vin en France, du pub en Angleterre ou du restaurant à tapas en Espagne. Il y en a environ 20.000 au Japon. Littéralement, l’izakaya est un lieu où l’on sert des boissons alcoolisées. Fréquenté le soir, on y boit traditionnellement de la bière, de l'alcool de patate douce (shōchū), du saké (nihonshū). On commande au cours de la soirée des plats chauds ou froids que l’on se partage entre amis ou collègues dans une ambiance décontractée".






1 commentaire:

Anonyme a dit…

Journal de bord passionnant.Dorénavant sur les étals du marché je regarderai les calamars d une autre façon. .. difficile à avaler....Cela ne vous a pas coupé l appétit!Bises.Elisabeth