dimanche 28 juillet 2019

Shirogane Onsen - Biei

Nous avons rayonné toute la journée dans la région qui s'étend autour du petit pôle urbanisé que constitue l'ensemble – Biei – Kamifurano – Nakafurano – Furano – Minimifurano et Shimukappu. Nous avons eu notre lot de cascades, d'arbres isolés ou de groupes d'arbres, qui pour des raisons variées ont acquis au Japon et au-delà parfois, une certaine notoriété, de fermes horticoles, de fermes spécialisées dans d'autres domaines (production de cerises, lait de brebis et produits dérivés), et même d'une ferme-musée vivant, tout ceci au milieu d'une campagne vallonnée, verdoyante et colorée. La route suivie a d'ailleurs été baptisée fort justement route patchwork car la contrée est un véritable patchwork de cultures.

Nous n'avons parcouru que quelques centaines de mètres depuis notre gîte pour découvrir Shirahige-no-taki, des chutes qui s'écoulent le long d'une paroi rocheuse dans la rivière Biei. Les eaux souterraines en provenance du mont Tokachi, se mélangent à l’hydroxyde d'aluminium de la falaise pendant une brève période. Cela suffit pour leur donner la couleur du curaçao. Un peu plus loin, Shiroganefudo-no-taki est une autre chute en forêt à deux cents mètres de la route. Les autochtones lui ont conféré un caractère sacré. Le chemin qui y mène est jalonné de statuettes en pierre.







Nous avons quitté ce lieu paisible pour nous retrouver dans une ambiance de tourisme de masse au Blue Pond. Le lieu vaut effectivement le coup d’œil. Des arbres morts émergent d'un étang aux eaux d'un beau bleu. Le phénomène est un peu le résultat du hasard. Des travaux ont été réalisés sur la rivière Biei après l'éruption du mont Tokachi en 1988, afin de protéger la ville de Biei des coulées de boue volcaniques. On retrouve la couleur donnée à l'eau de la rivière par les chutes Shirahige. Mais, d'autres substances, telles que le soufre et les composants de la chaux, pénètrent également dans l'étang, blanchissant les roches du fond. Les mélèzes et bouleaux cendrés du Japon qui vivaient jadis dans l’étang ont été partiellement submergés. Se combinant à cette eau étonnante, les arbres morts s'intègrent parfaitement au paysage pour lui donner une apparence hors du temps.





Nous avons retrouvé une autre foule à la principale ferme horticole que nous avons visitée pour le plaisir des yeux. Les paysagistes ont su mettre à profit les vallonnements et ont créé des bandes de couleurs qui forment un puzzle harmonieux en créant des contrastes entre les parterres de fleurs et de plantes aromatiques. Là encore l'affaire est rentable car, si l'accès est gratuit, les produits dérivés et annexes sont nombreux : balades en remorques tractées, en buggy ou en quad, élevage de lamas, vente de fruits (un gros melon d'eau se vend entre 15 et 25€, les cerises atteignent 75, voire 80€ le kg !). Les foules sont composées en grande partie de Japonais qui profitent de l'été pour visiter la partie la plus septentrionale de leur pays, connue pour son climat très rude l'hiver, et par des groupes de Chinois de RPC facilement identifiables par leur comportement moutonnier et le plus souvent bruyant. Dans l'ensemble, nous croisons très peu de touristes "occidentaux" sans pouvoir d’ailleurs déterminer s'ils sont plutôt américains, australiens, néo-zélandais ou européens.









Nous avons enchaîné avec une série d'arbres qui présentaient à nos yeux un intérêt non seulement pictural, mais surtout comme phénomène de société. Des parkings ont été aménagés à proximité pour accueillir bus et voitures particulières et parfois un service d'ordre léger règle la circulation ! L'engouement pour ces arbres peut s'expliquer en dehors de leur histoire particulière, par la fascination qu'exerce la campagne sur des populations essentiellement citadines, car ils se dressent au beau milieu d'une contrée fascinante. Ainsi, l'Arbre de Ken et Mary a été rendu célèbre par une publicité télévisée réalisée en 1972 (!). Depuis lors, ce grand peuplier vieux d'environ 90 ans et situé au milieu d'un vaste paysage agricole, attire les foules, non seulement celles qui ont vu alors le spot de Nissan Motor Co. Ltd. pour leur voiture Skyline, mais encore celles qui en ont entendu parler et veulent pouvoir dire au retour qu'ils l'ont vu.

la version idyllique...


la réalité...
C'est un peu la même chose pour l'Arbre de Sept étoiles, un chêne baptisé ainsi depuis 1976 pour avoir été utilisé par la société de tabac très connue "Seven Star", pour la conception de ses emballages. Solitaire, il se dresse au sommet d’une colline et offre une vue à 360 degrés depuis la Patchwork Road.



Un peu plus loin, trois arbres alignés – deux grands et un petit qui, au milieu, semble étouffé par les deux autres ! - ont été surnommés "Une mère, un père et leur enfant". Ces trois chênes semblent se blottir l'un à côté de l'autre au sommet d'une petite colline. Il y a même le soi-disant "Arbre de belle-mère", un peu loin ! Un dernier arbre a droit à une mention spécifique, l'Arbre de Noël. Cette épinette de Tohi isolée au milieu de champs cultivés doit son surnom non seulement à sa forme, mais au feuillage situé à son sommet qui fait penser à une étoile.



Une section de route a été baptisée montagne russe. Nombreux sont les automobilistes et cyclistes à s'arrêter pour photographier la succession de bosses que forme le ruban rectiligne de la route en épousant les mouvements du terrain. Hokusei-no-Oka est un observatoire en forme de pyramide qui offre un point de vue à 360 degrés sur l'ensemble de la région avec en toile de fond – les jours de beau temps – la chaîne des volcans. En repartant, nous avons fait un arrêt à une Cherry Farm et, les prix pratiqués par le producteur étant nettement plus raisonnables que ceux affichés sur les différents sites visités, nous avons pu déguster une barquette de cerises locales, très bonnes au demeurant ! La diversité et la richesse des cultures s'expliquent largement par la qualité des sols enrichis au fil des temps immémoriaux par les volcans voisins.







Dernière étape du jour, Shinei-no-Oka est un autre point de vue sur la contrée environnante. Une photo exposée nous a fait regretter de ne pas bénéficier d'un temps suffisamment dégagé pour admirer l'ensemble des volcans.





c'est ce type de paysage qui a donné son nom à la "patchwork road"

Nous nous sommes installés à 16h00 dans une maison d'hôtes "Ki no Uta", perdue au milieu de champs de maïs. Son architecture et la peinture extérieure évoquent pour moi des voyages au Québec ou dans des pays d'Europe du Nord. La maison est rustique et accueillante. Nous avons troqué en arrivant nos sandales contre des savates d'intérieur, comme il se doit. Notre chambre marie le style japonais et le style occidental en associant des lits traditionnels et un tatami en surplomb… 



Nous sommes retournés dîner à Biei dans une petite izakaya pittoresque et très bon marché. Nous avons testé entre autres deux nouvelles préparations culinaires, l'okonomiyaki, un plat fait d'une pâte qui enrobe un nombre d'ingrédients très variables découpés en petits morceaux, le tout étant cuit sur une plaque chauffante, et une salade d'oignons et de radis à la saveur étonnamment douce.



l'affichage du menu sur les murs des izakayas est très esthétique mais peu compréhensible...



2 commentaires:

Anonyme a dit…

Les paysages sont vraiment magnifiques mais il faut ôter les touristes!J espère qu' Olivier note les recettes des plats que vous degustez avec gourmandise.Bises.Elisabeth

Anonyme a dit…

Comme toujours photos et commentaires en parfaite adéquation pour le plaisir de nos yeux et le plaisir de continuer à découvrir la culture japonaise !!!
Merci, Annouk