jeudi 15 août 2019

Taipei (2)

Le rythme ralentit (un peu...). A partir de la quatrième semaine de voyage, c'est un peu inévitable pour des seniors… Nous ne sommes sortis en balade qu'aux environs de 11h00. Nous avions auparavant traîné un peu dans la salle commune où nous avions pris le petit-déjeuner en discutant avec une famille de Hong-Kong. Nous avons échangé avec elle quelques adresses de... restaurants et quelques impressions. Comme nous, elle trouve les Taïwanais détendus et serviables, d'un tempérament paisible. Les gens croisés dans la rue et dans les commerces, sont actifs, mais non stressés et se montrent toujours souriants. Concernant Hong-Kong, nos interlocuteurs ne cachent pas leur inquiétude sur l'avenir de l'ancienne colonie britannique et redoutent une reprise en main sanglante.

Nous sommes allés à pied jusqu'au Presidential Office. Situé dans le district de Zuongzheng, le bâtiment de la Présidence de la République a été conçu par l'architecte Uheiji Nagano pendant l'occupation japonaise (1895-1945). La construction a commencé le 1er juin 1912 et s'est achevée le 31 mars 1919. La tour de 60 mètres située au centre du bâtiment était la plus haute structure du bassin de Taipei sous la domination japonaise. L'ensemble abritait à l'origine le bureau du gouverneur général de Taïwan. Endommagé par les bombardements des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a été restauré en 1947/1948 par Chen Yi, gouverneur général chinois de la province de Taïwan. Il est devenu le bureau présidentiel en 1950 après que le gouvernement de la République de Chine eut déplacé à Taipei la capitale du pays passé aux mains des communistes. Les dirigeants de Pékin en parlent, eux, comme étant "le bâtiment de bureaux du dirigeant taïwanais" ! Cet édifice qui mélange le style baroque et le style néo-classique, est imposant. Bien gardé, il ne donne pas pour autant l'impression d'être un camp retranché, encore moins une forteresse inexpugnable. Les passants sont autorisés à emprunter le trottoir le long de l'emprise de la Présidence, mais sans s'arrêter, même pour prendre une photo. Le bâtiment se visite le matin, mais nous sommes arrivés trop tard.





Empruntant l'esplanade qui s'étend devant le Presidential Office, nous sommes arrivés au "228 Peace Park", un parc ombragé du district de Zhongzheng, un lieu de détente et d’entraînement sportif pour les habitués du quartier, mais surtout un lieu de mémoire qui rassemble plusieurs mémoriaux aux victimes de "l'incident du 27 février 1947", dont le Mémorial 228 de Taipei en son centre et le musée du Mémorial 228, ancien bâtiment de la radio tombé aux mains des insurgés en 1947. De là, ils firent connaître leurs revendications à tout le pays qui s'embrasa. Le mouvement fut violemment réprimé par le Kuomintang alors au pouvoir et dirigé d'une main de fer par Tchang Kaï-chek. Les estimations du nombre de tués varient de 10 000 à 30 000. Le nombre "228" fait référence au jour où le massacre a commencé, le 28 février ou "02-28". Le Mémorial rapporte les événements de manière très factuelle2. Il souligne qu'une grande partie de l'élite taïwanaise a ainsi été éliminée, dans tous les milieux (monde politique, judiciaire, éducatif ou médical). Il met en avant certaines victimes plus connues que d'autres et rassemble des témoignages de proches. Après avoir vécu sous le joug japonais, les habitants avaient d'abord perçu les Chinois comme des libérateurs, mais ont déchanté quand ils ont vu leur mainmise rapide sur tous les rouages du pouvoir local et sur l'économie, leur refus de reconnaître toute autonomie à la province et la corruption ambiante. Pendant longtemps, toute commémoration de "l'incident" fut interdite. Il faut attendre les années 1990 et la démocratisation du régime pour que soit levé le tabou sur cet épisode dramatique et central dans l'histoire de Taiwan.





Paradoxalement, ce lieu est proche du monumental "CKS Memorial Hall" dédié à Tchang Kaï-chek et baptisé en chinois "Guólì Zhōngzhèng jìniàntáng" (littéralement : "Hall mémoriel de l'impartialité étatique" !). La première pierre en a été posée le 31 octobre 1976, date correspondant au 90ème anniversaire de la naissance de Tchang Kaï-chek. Œuvre de l'architecte Yang Cho-cheng, le mémorial a été inauguré le 5 avril 1980, soit 5 ans après la mort (le 5 avril 1975) de l'ancien chef d'État. Il est construit sur trois plates-formes en étage. Son toit octogonal, inspiré du Temple du ciel de Pékin et recouvert de tuiles en verres de teinte bleu nuit, culmine à 70 mètres de haut, et son escalier frontal totalise 89 marches, représentant l'âge de Tchang-Kaï-chek le jour de sa mort. Il est entouré par la place de la Liberté ainsi que par un jardin public, qui est entre autres orné de végétations aux couleurs rouge, blanche et bleu, représentant le drapeau national de la République de Chine. Depuis 1987, ont été érigés de part et d'autre de la vaste esplanade qui s'étend devant le mémorial, le théâtre national et la salle de concert nationale.







Les parois du Mémorial sont en marbre blanc naturel. Le hall principal accueille une statue de bronze imposante à l'effigie de Tchang-Kaï-chek, d'une hauteur de dix mètres, dans une pose qui rappelle celle de Lincoln à Washington. L'architecture des plates-formes englobe plusieurs salles d'exposition sur la vie du premier président de la République de Chine et quelques reliques personnelles (vêtements civils, tenues militaires, multiples décorations chinoises et étrangères), sans oublier ses deux Cadillac. Avec la démocratisation du pays, la question de l'avenir du Mémorial divise la société taïwanaise, selon que l'on est originaire de l'île ou du continent, selon que l'on met en avant le chef qui a lutté contre le PCC et préservé Formose du régime communiste ou le dictateur. Pour l'heure, le statu quo persiste pour l'essentiel, mais une partie des salles est dédiée dorénavant à la culture, comme pour prouver qu'un vent de liberté et de créativité souffle maintenant. Il y a actuellement une exposition très originale de poissons peints qui évoque la diversité de la faune des mers qui bordent Taïwan. Nous avons assisté à une impressionnante relève de la garde, un ballet d'une étonnante précision, en plaignant les deux sentinelles qui allaient devoir tenir la pose quasiment immobiles, dans une tenue impeccable, pendant une heure...









Depuis ce matin, on célèbre un peu partout en ville la fête de Pudu (moment central dans le mois des "fantômes affamés"). Des tables sont dressées sur les trottoirs, sur lesquelles sont exposées des offrandes, et des braseros sont allumés pour brûler de l'argent, en fait des liasses de papier doré figurant de l'argent que l'on achète dans des boutiques bouddhistes. Nous nous sommes fait expliquer cette tradition par un jeune homme qui, avec des collègues de travail, venait de jeter lui-même un paquet de papiers jaunes dans un foyer. Cette coutume s'effectue aussi bien dans le cadre familial que dans celui du travail. Ce rituel a lieu le 15ème jour du septième mois lunaire, dit mois des fantômes. La tradition veut que pendant cette période soient renvoyés sur terre les esprits retenus dans les enfers parce qu'ils ne reçoivent pas suffisamment de culte, ou ne peuvent trouver la paix pour cause de mort violente ou de mauvaise conduite. Ces "esprits orphelins et fantômes sauvages" se voient offrir des repas réconfortants, de l’argent virtuel et des cérémonies pour obtenir leur délivrance et éviter qu'ils ne harcèlent les vivants.





Poursuivant notre route, nous avons fait une étape dans un des nombreux magasins de thé de Taipei (où nous avons fait quelques emplettes), avant d'aller déjeuner dans un restaurant KaoChi, gérée par la même famille depuis 1949 et connu pour ses "dumplings", ces fameux raviolis chinois en forme de petite bourse. Un régal ! Nous avons notamment dégusté des xiǎolóngbāo, une variété qui contient une farce de viande et de légumes, et de la soupe (en fait une gelée qui fond dans le ravioli au moment de la cuisson), emballés dans une raviole de pâte de blé et cuits à l'étuvée. Toute l'astuce consiste à mordre un petit peu dans le ravioli pour en aspirer la soupe, avant de manger le ravioli lui-même et sa farce, le tout bien sûr sans se brûler... Une expérience sensorielle et gustative mémorable !





Pour éliminer les calories qui ont tendance à s'accumuler et plutôt que de monter dans la tour Taipei 101 pour avoir un point de vue sur la ville, nous nous sommes lancés à l'assaut du mont Xiangshan, le mont de l’éléphant, surnom que lui vaut sa forme. Le point de vue est effectivement très beau, surtout en fin de journée au coucher du soleil. Mais pour atteindre le sommet qui n'est pourtant pas très haut, il faut monter près d'un millier de marches (j'en ai compté moi-même 934 !). La plupart sont basses, mais pas les dernières ! Chemisettes et serviettes japonaises ont été trempées rapidement et de grosses gouttes de sueur perlent sur tout le corps (y compris dans les yeux), aussi bien à la montée qu'à la descente...















Nous avons renoncé à faire un détour par un "Nana's green tea" et sommes rentrés directement nous reposer deux heures à l'hôtel pour nous remettre de la fatigue et de la chaleur. Vu l'heure et vu les mets appétissants présentés en vitrine, nous avons choisi de dîner au plus près dans le restaurant japonais voisin de notre hôtel, "Da Che Lun". Toujours un rapport qualité/prix très satisfaisant ! Notre promenade digestive nous a portés ensuite dans le quartier de Ximending, effectivement très animé le soir. Nous nous sommes contentés, avant de rentrer, d'y déguster un "Tiger sugar" bien marbré, la dernière boisson à la mode à Taïwan, et qui associe lait, caramel et boules de tapioca poélées dans de la cassonade. Pas très régime, mais bon, on n'aura plus l'occasion d'en boire dans trois jours !








2 commentaires:

Anonyme a dit…

Vous êtes dorénavant experts en gastronomie asiatique. J aimerais bien goûter! Vous êtes de jeunes seniors sportifs puisque mille marches ne vous font pas peur.Bises

Anonyme a dit…

De bien belles photos ... Taïwan ou ...la forêt de Tijuca sur les hauteurs de Rio de Janeiro? Incroyablement tropical!Et côté gastronomie, c'est évidemment une autre planète mais cela ne semble pas mauvais!Bref, heureusement que des temples s'ouvrent sur votre itinéraire pour goûter à un peu de silence et vous reposer de la foule qui se presse dans les rues de cette méga cité.
Bonne suite de voyage, bises. Fabrice