mardi 13 août 2019

Tapiei (1)

La chaleur humide à laquelle nous n'étions plus habitués est bien là. Sans doute de l'ordre de 36°c ! Nous avons pour autant pas mal crapahuté en ville, mais sommes revenus à l'hôtel tôt dans l'après-midi pour ménager nos forces (changer nos vêtements trempés par la sueur, prendre une douche, nous reposer)…

Nous avons commencé par explorer le quartier aux alentours immédiats de l'hôtel et dégusté notre premier "bubble tea" taïwanais (du thé froid - aromatisé ou non - servi avec des billes de tapioca et parfois de la gelée de coco). Cette boisson devenue à la mode dans le monde entier est née à Taïwan en 1983, créée sur un petit stand... Véritable institution, on en trouve maintenant à tout les coins de rue.







Le premier temple visité, le Chenghuang Temple, a été érigé une première fois en 1881 en l'honneur du dieu de la justice chargé de se prononcer au final sur le sort de chacun après la mort. Détruit sous l'occupation japonaise, il a été reconstruit au même emplacement en 1945. Sa décoration intérieure est d'une richesse extrême, très chargée en statues, statuettes, plaques votives, fleurs, récipients en tous genres, vasques, vases et lampions. Le doré et le rouge dominent. Il faut prendre le temps d'observer le détail des œuvres et des boiseries. Notre attention a été plus particulièrement captée par une série de retables en bois finement sculptés.



















C'est toujours un spectacle singulier qui s'offre à des étrangers comme nous quand on pénètre dans un temple. Des gens de toutes conditions vont et viennent silencieusement. Certains achètent des offrandes. Tout est prévu pour ceux qui n'ont pas de liquidités sur eux : ils trouvent presque toujours un distributeur dans l'enceinte du temple ! Munis de leur offrande, les uns l'approchent de bâtonnets d'encens pour la purifier, puis la déposent, récitent quelques invocations, puis tournent les talons et repartent. D'autres plus simplement s'inclinent devant une statue de la divinité en joignant les mains à hauteur du torse, récitent leurs invocations et repartent. Le tout n'a pris que quelques minutes. Pendant ce temps-là, les touristes de toutes nationalités évoluent au milieu des fidèles sans que cela suscite le moindre problème. En sortant, nous sommes tombés sur un petit marché (Cheng Zhong) de fruits et légumes parfois inconnus et d'échoppes de plats tout préparés très appétissants. 









En poursuivant notre chemin, nous avons atteint Zongshan Hall, un lieu chargé d'histoire, dans le quartier de Ximending. En hommage à l'accession au pouvoir de l'empereur Hiro Hito (Showa) en 1928, les autorités japonaises locales ont rasé le bureau du gouvernement de la dynastie Qing et construit à sa place entre 1932 et 1936 un auditorium municipal public. La structure en acier du bâtiment, composée de quatre étages, a été conçue pour résister au feu, aux tremblements de terre et aux typhons. Le bâtiment d'origine avait des carreaux vert clair pour le rendre moins visible par les bombardiers aériens. Les fenêtres sont ornées de motifs classiques dans un style islamique espagnol. Par sa superficie totale, l'auditorium public municipal était le quatrième au Japon à cette époque, après ceux de Tokyo, Osaka et Nagoya. Le chef de l'administration chinoise, Chen Yin, y reçut, au nom des Alliés, l'acte officiel de renonciation des Japonais à la souveraineté sur Formose et son transfert à la République de Chine. L'ancien auditorium a été renommé Chungshan (Zhongshan) Hall en l'honneur de Sun Yat-sen et a fonctionné comme un lieu de réunion officiel où Chiang Kai-Shek prononça plusieurs discours. Nombre de visiteurs étrangers y ont été accueillis, notamment le président Richard Nixon, le président coréen Syngman Rhee, le président du Sud-Vietnam Ngo Dinh Diem et le Shah d'Iran. Le bâtiment est utilisés actuellement pour des spectacles (musique de chambre, concerts, musique traditionnelle chinoise, la voix, opéras, danse, expositions). 











Nous avons enchaîné avec un second temple, Tianhu Temple, un petit édifice consacré à la déesse de la mer Matsu (ou Mazu). La situation géographique de Taïwan, face à la province du Fujian, berceau du culte de Mazu, et l’importance de cette divinité pour des immigrants ayant affronté le redoutable détroit de Taïwan, expliquent que la déesse soit rapidement devenue dans l’île une divinité de premier plan dont le champ d’action s’étend à tous les domaines de la vie, et pas seulement la mer. Son importance s’est encore accrue récemment avec la prise de conscience de l’identité culturelle taïwanaise, dont elle est l’élément le plus représentatif dans le domaine religieux. Elle a également été impliquée dans l’évolution des relations avec la Chine populaire. En effet, les pèlerinages vers le temple d’origine ont été parmi les premières visites autorisées pour raison non-familiale. On compte à Taïwan 510 temples dont Mazu est la divinité principale, parmi plus de 800 qui abritent sa statue. 39 sont précisément datés, 2 de l’époque Ming et 37 de l’époque Qing. Construit en 1746, le temple a été détruit par les Japonais pour aménager la voirie et reconstruit en 1948 à l'emplacement d'un temple à Hongfa Dashi, une divinité vénérée par les bouddhistes japonais.

















Un peu plus loin dans le district de Wanhua, au cœur du quartier « branché » de Ximending, la Maison Rouge (Red House), œuvre en 1908 de l'architecte japonais Kondo Juro inspiré par les constructions occidentales, est un ancien marché très populaire. Ce bâtiment en briques rouges juxtapose une partie octogonale et une partie cruciforme. Après la défaite du Japon et la rétrocession de Taïwan à la Chine, le lieu est reconverti en théâtre, où les populations du continent vienne se distraire, notamment en assistant à des représentations de l’opéra mer  de Pékin, puis entre 1963 et 1997, en cinéma et attire les jeunes occidentalisés, diffusant des films d'arts martiaux, des westerns, des films locaux. En 2007, la Taipei Culture Foundation prend en charge l'exploitation du Red House Theater et en fait une attraction touristique avec une galerie d'art et une salle de concert accueillant des groupes locaux. La place derrière le bâtiment principal abrite un grand nombre de bars avec terrasses et est un des plus importants lieux LGBT de Taïpei. 













Nous avons encore visité deux temples à la décoration intérieure toujours très dense. A chaque fois, nous passons du temps à l'étudier en détail. Nous nous sommes en particulier intéressés dans le Qingshan Temple (1856) aux coiffures des divinités ornées d'une débauche de pompons, aux statues de sages à la moustache et à la barbe tombantes et aux sculptures faîtières représentant des dragons, des oiseaux ou des personnages toujours très colorés. Le Lungshan Temple dédié à Guanyin, un Bodhisattva miséricordieux, a été fondé par des immigrants Hans en 1738. Il est dans le même quartier qu'un des nombreux marchés de nuit que compte la capitale taïwanaise, Huaxi St., encore très calme à la mi-journée. Nous avons suivi une manifestation organisée par une secte équipée d'une sonorisation tonitruante, consistant à inviter les participants à "jeter un Jiao". Un "jiao" est constitué de deux petites pièces de bois en demi-lune avec chacune une face plate et une face convexe. On fait un vœu et on interprète ses chances de succès au vu de la façon dont elles retombent au sol. Trois cas de figures se présentent : "Holy Jiao" (une face plate et une face convexe sont visibles), "Hsiao Jiao" (deux faces plates) et "Yin Jiao" (deux faces convexes).

















En reprenant le métro, nous sommes tombés sur une "rue" (en fait une galerie souterraine) dite "des diseurs de bonne aventure". Leurs petits locaux se succèdent, rivalisant en nombre avec les locaux dédiés au massage des pieds, très répandus à Taipei. Nous avions repéré un buffet de produits végétariens très tentants ce matin. Nous nous sommes confectionné deux boites pour les manger dans la salle à manger de l'hôtel déserte en début d'après-midi et nous poser un peu, la forte chaleur passée, avant de ressortir. 









La nuit était tombée et la température avait perdu quelques degrés lorsque nous avons repris le métro à la station Ximen pour aller jusqu'au terminus de Songshan qui dessert le Sung Shan Tzu-Yu Temple et la rue commerçante connue sous le nom de Raohe Night Market. Nous avons passé un moment dans le temple à l'heure où à plusieurs niveaux des officiants récitaient et chantonnaient des litanies.















le four où l'on brûle le god money ou le ghost money suivant les fêtes...


Le « marché de nuit » (il y en aurait une vingtaine à Taipei) est un élément important de la culture locale et un spectacle en soi. C’est le règne de la « street food ». La nourriture y est abondante et variée. L'ambiance est bon enfant. C'est un endroit inoubliable par ses odeurs et ses saveurs. Nous avons commencé par goûter au fameux "Fuzhou Black Pepper Bun", un gros beignet confectionné à l'entrée du marché et qui a les honneurs du Guide Michelin. Poursuivant notre déambulation, nous sommes passé à un okonimyaki, un plat japonais composé d'une pâte qui enrobe un nombre d'ingrédients très variables découpés en petits morceaux, le tout étant cuit sur une plaque chauffante. À la fin de la cuisson, l'okonomiyaki est généralement recouvert d'une sauce mayonnaise. Quelques calamars frits, un soufflé étonnant en dessert et un jus de pastèque ont complété notre dîner qui nous aura coûté quelque 490 $ taïwanais, soit 14€ à deux ! Au retour vers 22h30, il a fallu encore sacrifier au rite de la lessive au self-service laundry, avant de goûter un repos bien mérité.

















2 commentaires:

Anonyme a dit…

Un grand merci de nous faire découvrir cette île méconnue. Vous êtes toujours de fameux reporters. Bises.Elisabeth

Anonyme a dit…

Profusion de couleurs !
Bises Annouk