samedi 10 août 2019

Noboribetsu Onsen / Lac Toya / Sapporo

La pluie tropicale continuait de tomber lorsque j'ai ouvert un œil peu après 6h00. Pour compléter leur tableau pessimiste de la situation, les prévisions météorologiques d'hier parlaient même de risques de glissements de terrain. Au moins nous consolons nous en nous disant que nous avons échappé au cyclone qui a balayé une partie de Taïwan et entraîné l'annulation de nombreux vols à destination et au départ de ce pays !

Nous sommes retournés une dernière fois aux bains de l'hôtel Daiichi Takimotokan. nettement moins fréquentés le matin par les Japonais qui préfèrent faire leurs ablutions le soir. Quelques pères allaient et venaient d'un bain à l'autre avec leurs tout jeunes garçons (adorables quand ils se promènent en yukatas dans l'hôtel et en ville). On sent combien les pères sont attentionnés avec leur progéniture et combien celle-ci est habituée à évoluer dès son plus jeune âge dans cet environnement très décomplexé. Nous avons ainsi pu profiter une dernière fois la vallée de l'enfer avant de quitter la station.

Le pire n'étant jamais sûr, les intempéries ont finalement cessé alors que nous roulions sur la route 2 d'abord à travers des collines très boisées puis à travers une plaine spécialisée dans la production de pommes, en direction du lac Tōya, à une petite quarantaine de kilomètres à l'ouest de Noboribetsu Onsen. Une gigantesque explosion survenue, il y a environ 100 000 ans, est à l'origine de la caldeira du lac Tōya. Situé dans le périmètre du parc national Shikotsu-Tōya, le lac a une forme quasi-circulaire de 10 km de diamètre, un périmètre de 50 km, une superficie de 70,7 km² et une profondeur maximale de 180 m. Le lac Tōya est connu comme étant le lac le plus septentrional du Japon à ne jamais être pris par les glaces et comme le deuxième lac le plus transparent du Japon. Il est facilement identifiable sur une carte grâce à son île centrale, Nakajima.





Il partage la vedette dans cette partie de Hokkaido avec le mont Usu apparu bien plus tard que n'a eu lieu l'explosion à l'origine de la caldeira et qui fut elle-même suivie au fil des millénaires par de nombreuses autres explosions qui expliquent le chaos de roches et la superposition des cratères. Il ne culmine qu'à 737 m de hauteur, mais est un des plus actifs du Japon. Son histoire est jalonnée d'éruptions célèbres en 1611, 1626, 1638, 1663, 1769, 1822, 1853, 1910, 1944/45, 1977/82 et 2000-01.

Nous avons commencé par visiter les sites de mémoire dédiés aux deux dernières éruptions. Le premier site visité est celui de l'hôpital qui s'est déformé progressivement en raison des mouvements de terrain consécutifs à l'éruption de 1977. Nous avons appris qu'un pionnier en vulcanologie, le Prof. Fusakichi Omori (1868-1923) avait conclu d'une série d'observations effectuées lors de l'éruption de 1910, que les éruptions pouvaient être prévues à partir d'indices. Formé à l'école de ce vulcanologue, le chef de la police de Toyako a pu anticiper l'éruption de 1977 et faire évacuer la zone à temps. Nous avons suivi ensuite le sentier commémoratif du cratère de Konpira à l’extrémité ouest de la ville de Toyako qui passe devant une station thermale et des immeubles détruits par de la boue volcanique ainsi que des cendres datant de l’éruption de l’an 2000 (d'un immeuble de cinq étages ne sont visibles que les quatre derniers niveaux, le premier étant complètement enfoui !), rejoint les restes d'un pont routier et un tronçon de l'ancienne route nationale avant de grimper jusqu'à deux petits lacs apparus récemment, le Yukun crater et le Tamachan crater. Des sabos (sorte de digues en béton et en métal) ont été renforcés depuis lors pour tenter d'endiguer des futures coulées de boue volcanique et de protéger la ville. Partout, au demeurant, la nature reprend ses droits. Arbres, hautes herbes et fleurs poussent sur les sites dévastés… jusqu'à la prochaine catastrophe.

















Le morceau de bravoure de la journée était encore à venir… Nous avons rejoint le téléphérique du mont Usu (Usuzan ropeway) près duquel se dresse un dôme de lave de 211 m de haut, le mont Showa Shinzan, une création "récente", puisqu'il s'est formé ex nihilo lors de l'éruption du mont Usu de 1944/1945. Le téléphérique nous a déposés près d'un premier observatoire. Trois cents mètres plus loin et après avoir monté 133 marches à titre de mise en jambe, nous avons atteint un second observatoire que nous avons choisi pour déguster nos sandwichs. Les choses sérieuses sont venues ensuite. Nous avons commencé par descendre un escalier impressionnant de 583 avec un enthousiasme modéré en pensant qu'il faudrait les remonter au retour et nous avons eu un peu plus loin un petit "rab" de 134 marches à monter ou descendre selon les mouvements du terrain, soit un total de 850 marches dans un sens, empruntées sans compter les tronçons plus ou moins pentus sans marche à parcourir sur une ligne de crête (environ 1,6 km) pour atteindre le dernier observatoire… Bref, un bon entraînement physique, mais un spectacle étonnant fait de montagne pelée, de roches très colorées et de fumerolles importantes avec au loin la côte Pacifique et les villes de Toyako et Date !









vue - partielle - de l'escalier....










dans les toilettes installées sur le chemin, l'équipement de base pour faire face au risque d'éruption



et oui, il faut remonter...


après l'effort, le réconfort : un délicieux dorayaki au sésame noir !


Une centaine de kilomètres restaient à parcourir pour rejoindre Sapporo, notre dernière étape, Nous avons pris possession peu après 18h00 de notre chambre au Marks Inn, un business hôtel, à l'espace toujours un peu confiné, mais fonctionnel, pour y déposer tous nos bagages sans nous attarder pour respecter l'horaire de restitution de notre véhicule. C'est à l'agence que nous avons découvert que nous avions perdu (sans doute sur quelques pistes bosselées, même s'il n'y en a pas eu tellement) un enjoliveur qu'il a fallu rembourser. 64€, cela reste raisonnable ! Nous avons parcouru en tout 3022 km en 17 jours.

La circulation est assez aisée. Sur les routes le plus souvent à deux voies et sinueuses, les conducteurs prennent leur mal en patience dès que le trafic est ralenti et roulent en convoi. Personne ne marque de l'impatience en collant à l'arrière du véhicule qui le précède, ne tente de faire des sauts de puce pour grignoter une place. Chacun attend un tronçon prévu à cet effet pour dépasser les véhicules plus lents. On ne voit guère de véhicules de police sur la route. La signalisation est dense et souvent imagée, dans la plus pure tradition des mangas.





Une navette de l'agence nous a déposés à la gare centrale vers 19h00. Depuis longtemps, gares et centres commerciaux ne font qu'un dans les grandes villes du Japon. Un étage est souvent réservé à des restaurants. Chacun fait son choix selon son appétit, le genre de cuisine qui lui fait envie, son budget aussi et aux heures d'affluence s'inscrit sur la liste d'attente. On attend sagement d'être appelé par son nom ou son numéro à l'extérieur du restaurant. Pour changer un peu, nous avons opté pour un restaurant coréen et renoué avec le makgeolli (ou takju ou encore nongju), cet alcool doux (6,5 à 7°) et laiteux, issu d'une fermentation des amidons de céréales, généralement du riz, voire de l'orge, du blé et même de la patate douce. Le makgeolli est plus proche de la bière que du vin, tant par le mode de préparation que par les ingrédients utilisés. Il est servi à la louche à partir d’une petite soupière...



le traditionnel "Mul naengmyeon" (pâtes de sarrasin dans un bouillon glacé)
Étant sur place, nous sommes montés au 38ème étage de la JR Tower, un gratte-ciel de 173 mètres de haut, construit entre 2000 et 2003, au-dessus de la sortie sud de la gare. C'est l'immeuble le plus haut de la ville qui offre, de son dernière étage, une vue magnifique de Sapporo la nuit. On mesure ainsi l'étendue de la ville qui regroupe un tiers de la population d'Hokkaido (2 millions d'habitants et 5,4 avec l'agglomération). Malgré la distance (plus de deux kilomètres), nous sommes rentrés à pied à l'hôtel. Les rues étaient envahies d'une foule bon enfant qui donnait le sentiment de profiter pleinement d'une belle soirée d'été. Ōdori, l'axe majeur, mi-rue, mi-parc, qui s'étend d'Est en Ouest sur 1,5 km, et bien sûr le quartier de Susukino, avec ses petits tramways brinquebalants, ses néons et ses divertissements (karaokés, cinémas, boîtes de nuit et pachinkos avec leurs machines à sous, sans oublier ses bars à hôtesses), étaient deux pôles particulièrement animés. Nous avons passé un bon moment à observer la foule réunie sur la Kita 3-jo Plaza, un espace aménagé en 2014 pour y organiser des événements populaires. Une formation musicale constituée surtout de deux gros tambours et quelques chanteurs interprétaient un morceau de musique répétitif qui galvanisait la foule dans un mouvement circulaire et une gestuelle commune...









2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ahah ! Il y a même des kimonos avec des têtes de chat !!!!!!
Quel entraînement physique ... pour les Chemins de Compostelle ?!
Encore un grand merci pour ce partage de votre voyage. C’est super intéressant !
Bises Annouk

Anonyme a dit…

Vous êtes des athlètes de haut niveau.Bises.Elisabeth