En allant prendre le
métro ce matin pour aller visiter deux musées importants, nous avons été intrigués par une construction (mélange de styles et mélange de
ciment et de bois), en forme d'arche de Noé (Hakobune de Noé). Son architecture et ses bow-windows
sont pour le moins insolites dans cet environnement urbain. C'est un café-restaurant. Achevée
en 1988, la construction est l’œuvre de l'architecte britannique
Nigel Coates.
Alors que nous avions atteint le terminus de la ligne à Shin Sapporo, Olivier a montré que toutes les mises en garde concernant les chausse-trapes d'un escalator pouvaient être inopérantes en présence de la créativité de certains usagers… Bref, en trébuchant alors qu’il cherchait à accélérer son ascension, Olivier a réussi à se blesser aux pieds (coupures aux deux gros orteils...). Il faut le faire ! A toute chose, malheur est bon car nous avons mesuré toute la sollicitude des jeunes employées d'une des boutiques de la station à l'égard du blessé. Lingettes, pansements et petit sac en plastique pour recueillir les déchets, elles ont pensé à tout !
Le bus 22 nous a déposés devant le Musée d'Hokkaido (Mori no Charenga) à Atsubetsu-ku, un des dix arrondissements de Sapporo à l'extrême Est de la ville, dans le parc forestier de Nopporo. Il aurait pu constituer une excellente introduction à notre voyage sur l'île si nous avions atterri à Sapporo à l'arrivée. Il en a été une parfaite conclusion en étant pour nous une bonne synthèse de ce que nous avions vu dans le domaine de l'histoire, de la nature et de la culture locale. Il souligne très bien la relation forte qui existe entre la population et son environnement naturel, et décrit les différentes civilisations qui ont marqué l’histoire de l’ile (Jomons, Aïnus...) d'une part, l'arrivée et les apports des colons originaires de Honshu d'autre part. La principale salle d'exposition est conçue autour de deux thématiques, "Hokkaido en tant que partie intégrante de l'Asie du Nord-Est" et "les relations entre la nature et l'homme" et de cinq rubriques : 1) le récit d'une histoire de 1,2 million d'années jusqu'à la fin du XIXème siècle, 2) la culture et l'histoire récente des Aïnus, 3) le secret de l'identité unique de Hokkaido ou comment résister aux rigueurs d'un hiver implacable, 4) le développement d'Hokkaido du début du XXème siècle à nos jours et 5) les écosystèmes de Hokkaido avec un coup de projecteur sur quelques espèces emblématiques (ours brun, cerf sika, saumon etc.). L'exposition rappelle que Hokkaido est situé entre le 41ème et le 45ème parallèle, à la latitude de villes comme Barcelone, Marseille ou Rome et que, pourtant, les hivers y sont plus rigoureux qu'à Montréal avec trois fois plus de neige (597 cm en moyenne !). Hokkaido est à la croisée de trois plaques tectoniques. De très gros tsunamis et des tremblements de terre importants ont lieu en moyenne tous les quatre cents ans. La prochaine échéance approche… Avant de quitter les lieux, nous sommes montés sur la terrasse qui domine le parc forestier de Nopporo et offre une vue privilégiée sur la tour commémorative du centenaire de Hokkaido.
| un aperçu de la richesse de la sculpture de la fascinante civilisation Jomon |
| Sapporo quelques années après sa "création" |
| Aïnus avant la politique d'assimilation (fin du 19ème siècle) |
| intérieur d'une maison aïnu |
| tour commémorative du centenaire d'Hokkaido |
A quelques centaines de mètres de ce premier musée, le Village historique de Hokkaido (Kaitako no mura) est un musée en plein air, inauguré en 1983. Il s'étend sur 54 ha. Il se propose de conserver un patrimoine immobilier typique et de présenter la vie des pionniers dans la région. Nous avons commencé par y déjeuner d'un "tondenhei set menu", c'est-à-dire du menu du colon-soldat. Le plat principal est à base de pâte de soja fermenté. Institués en 1874 par Kuroda Kiyotaka, Vice-commissaire au Kaitakushi, le bureau de colonisation d'Ezo aboli en 1882, les tondenhei se voyaient attribuer une terre en échange d'un engagement à participer à la défense d’Hokkaido. Le recrutement fut étendu aux roturiers en 1890 et arrêté en 1897. Le régime a été aboli en 1904. Au total, 37 villages ont été créés, réunissant 7 337 foyers qui jouèrent un grand rôle dans la colonisation de l'île.
Nous nous sommes promenés une partie de l'après-midi dans les rues de ce village insolite qui regroupe une soixantaine de bâtiments des ères Meiji et Taisho (milieu du XIXème siècle-début du XXème siècle) disposés en quatre zones, la ville, le village de pêcheurs, le village rural et le village de montagne. L'intérieur des bâtiments est meublé et des mannequins grandeur nature aident les visiteurs à se faire une idée de la vie d'autrefois. Nous avons ainsi pu découvrir entre autres l'ancienne gare de Sapporo qui fut la porte de la ville de 1908 à 1952, le Bureau principal de Kaitakushi pour la colonisation incendié en 1879, des résidences d'artistes, la sous-préfecture d'Urakawa et un pousse-pousse qui aurait pu être celui de Mitsuhirato dans le Lotus bleu, un collège, un temple, un poste de police, un bureau de poste, différents commerces (coiffeurs, épicerie, boulangerie) et ateliers (ferronnerie), des entrepôts, la maison d'un tondenhei, sans oublier la maison d'un reproducteur de vers à soie. Il produisait des œufs de vers à soie pour les sériciculteurs. Nous avons beaucoup appris sur cette activité étonnante. La rue principale s'anime au passage d'un cheval tirant un tramway (qui se transforme en traîneau en hiver).
| dortoir des employés d'une pêcherie de harengs |
| tenue d'écolier au tournant du siècle |
| atelier de collecte d’œufs de vers à soie |
| construction d'un traineau |
Nous avons regagné le centre ville en bus et métro avec un seul objectif : aller déguster un des fameux parfaits (coupe associants différents produits à base de thé vert, d’haricots azuki ou de sésame noir) servis dans les "Nana's green tea", chaîne favorite d’Olivier !
Si nous étions rentrés à l'hôtel faire une pause comme nous l'avions envisagé, nous serions passés ensuite à côté de deux pans importants. de la vie locale. Le premier est l'institution des "beer gardens" de la mi-juillet à la mi-août qui a justifié que je lui réserve un publication sur Facebook. "Un petit clin d’œil à mes amis bavarois, mais aussi à tous les amateurs de bière... « Beer Gardens » en plein cœur de Sapporo de la mi-juillet à la mi-août... Comme à Munich, tous les grands brasseurs locaux ont leur espace à défaut de grandes tentes... À la place des poulets, des jarrets de porc et des bretzels, ce sont tous les plats que l’on trouve ici qui sont proposés. Pas de « Trachten », mais des « kimonos »... Grand succès populaire. Brassage de générations et brassage social garantis. Des horaires très raisonnables. Ambiance bon enfant. Aucun débordement (la police est au demeurant assez présente). Aucun papier gras ou gobelet jeté par terre. Fumer est interdit bien que tout se passe essentiellement en plein air (quelques espaces sont aménagés pour les fumeurs impénitents). Une expérience à ne pas manquer".
Le second est la découverte, en passant au pied de la Tour de la télévision, des Hokkai Bon-odori, une tradition créée il y a environ 600 ans. En fait, c'est ce à quoi nous avions assisté hier sans en connaître le sens. L'origine est une fête des fantômes (bouddhiste) appelée Ura-bon-é. Pendant la période de Obon, les gens s’adonnent à une danse rituelle pour célébrer les défunts, les remercier pour leurs sacrifices, en pensant que, pendant cette période, ils reviennent dans leurs familles. La danse permet de créer une harmonie avec les âmes qui sont revenues sur terre. C'est souvent une fête de famille durant laquelle les gens des grandes villes retournent dans leur ville natale et se recueillent devant la tombe de leurs ancêtres. Ces danses collectives sont aussi un lieu de brassage des générations et des classes sociales. Nous avons assisté à des scènes émouvantes : une handicapée moteur a participé à la ronde en fauteuil roulant poussé par une autre personne, en respectant la gestuelle des bras, une malade sous assistance respiratoire a pris part elle aussi à la danse avec l'aide d'une amie qui la suivait en portant la bouteille d'oxygène. Toutes les tenues se côtoient, des kimonos aux yukatas en passant par les vêtements plus usuels et même des tenues de carnaval… Cette danse circulaire tient avant tout du rituel (chacun danse avec une forme de recueillement), mais aussi de la fête et du plaisir d’être ensemble. Certains participants peuvent danser ainsi un très long moment sur le même rythme relativement monotone alors que les percussionnistes et chanteurs se passent le relais sans interruption. Les styles de Bon-odori varient d'une région à une autre. Ayant interrogé un couple près de nous sur le sens du spectacle auquel nous assistions, nous nous sommes laissés entraîner dans la danse par la jeune femme, tentant d’accorder nos mouvements sur elle. Nous n'avons senti aucune barrière entre nous et les autres participants...
Vu l'heure, nous ne sommes pas repassés du tout par la case "hôtel" pour aller directement dîner de sushis au restaurant Tototo (!) au 6ème étage du bâtiment de la gare, avant de retrouver, bien fatigués, l'hôtel peu après 21h30
2 commentaires:
Quelle journée !
Bises Annouk
Une bonne bière. .un parfait....quelques pas de danse...et Olivier a oublié sa mésaventure.Une petite erreur de jeunesse !A bientôt. Bises.Elisabeth
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